Dès 20 h 34, Bernard Derome laisse tomber sa fatidique prophétie : le gouvernement sera libéral, il sera majoritaire, et sera opposé par les péquistes. L’ADQ est repoussée dans le hall d’entrée de la Chambre – et a plutôt l’air de quitter le party que d’y arriver…
On aura beau en vouloir à Charest d’avoir déclenché ces (ses) élections pour des motifs purement, strictement, partisans, mal camouflés sous le couvert d’une crise économique qui aurait fort bien pu se régler en partenariat avec les partis d’opposition – certains d’entre eux, anyway – je ne peux m’empêcher d’être heureux du résultat partiel affiché présentement à mon écran. Oh, bien sûr, la majorité libérale est quelque peu effrayante. Le spectre de cette majorité m’a rappelé tout au long de la campagne les nombreuses politiques fâcheuses du dernier mandat majoritaire de Charest. Il suffit de se rappeler des grèves et des manifestations en série de l’époque, du Libérez-nous des libéraux qui avait pris l’allure d’un hymne populaire. Est-ce que le chef libéral aura souvenir, au lendemain des élections, du message clair qui lui avait été envoyé par la population, tellement frustrée qu’elle avait failli mettre au pouvoir ces enfants adéquistes qui sont clairement à l’image de leur chef – c’est-à-dire incapables de vieillir politiquement et qui se raccrochent aux jupes d’un populisme de bas étage? Saura-t-il, dans le contexte instable et inquiétant qui nous entoure, travailler en collaboration, en réelle collaboration, avec les députés assis en face de son parti?
Mais ce qui me rend heureux, malgré ces craintes parfaitement justifiables, c’est la chute drastique, l’écrasement du pétard mouillé de Mario Dumont. Ce résultat me rassure sur l’idéologie politique québécoise globale. La montée de l’ADQ en 2007 semblait faire écho à la montée de la Droite ailleurs dans le monde, alors que j’avais toujours espéré le Québec dans son ensemble à l’abri de ce mode de pensée. Pire encore, les adéquistes de Mario ne sont pas des représentants d’une Droite tout de même sensée, si une telle chose existe. C’est une droite à petit « d », une droite facile, qui ne fait que jouer sur les bas instincts de la population, sur ses craintes, sur ses colères. Et c’est souvent cette petite droite qui se retrouve à l’extrême du continuum politique, cette petite droite frustrée qui devient toujours trop dangereuse, car elle ne vise qu’un objectif : pas le bien commun, qui serait peut-être possible (qui sait?) par des voix que je n’apprécie pas personnellement; non, mais plutôt le bien privé, le bien personnel, qui ne se rassasie que par une bonne rasade de pouvoir. Cette droite vulgaire chatouille les hormones pour faire la piastre, prendre le pouvoir, et faire passer ses idées arriérées. C’est ce qui m’avait fortement inquiété en 2007, ce qui m’avait frustré de la campagne et de son résultat. Ç’aurait été un drame innommable si Mario était devenu Premier Ministre. C’est le drame qu’on frise à Ottawa, d’ailleurs.
Mais, heureusement, les Québécois se sont ressaisis. Et pour cela on peut, peut-être, remercier Charest. Sa délicatesse, si l’on peut dire, pendant son mandat minoritaire, aura calmé la colère des Québécois envers les vieux partis – ces fameuses vieilles pantoufles que tous les petits partisans impressionnables de Mario évoquaient à la suite de leur père spirituel. Les actions des péquistes auront certainement aidé aussi, alors que, relégués au rang de troisième parti et de seconde opposition, ils ont démontré aux adéquistes ce que c’était que d’être député – suffit pas de chialer, il faut proposer, suggérer, créer, discuter, et oublier ces fameux clips qui ont autant de substance qu’un BigMac. La pensée magique ne fonctionne pas, et les adéquistes l’apprennent enfin.
Cette petite chicane de triangle amoureux – le peuple québécois, sa femme et sa maîtresse – avait mené le peuple à aller voir ailleurs, aller voir cette danseuse qui excitait ses sens en retour de quelque pouvoir sur son avenir. Bien excité, le peuple s’est mis à fréquenter la dame de basses mœurs, se disant, quelque part, qu’il pourrait toujours partager sa couche entre trois femmes s’il voyait moins souvent ses régulières. Mais l’infatuation ne dure jamais bien longtemps, l’on reprend ses sens devant des courbes faciles, mais sans profondeur, sans personnalité, sans identité (autonomiste? yeah right!), et le parfum cheap de la dépravée ne sent de toute façon pas grand-chose au lendemain de la nuit d’amour. C’est un accident de parcourt, et la strip-teaseuse reprend son rôle à l’arrière scène de la vie amoureuse du peuple – une silhouette que l’on voit du coin de l’œil se déhancher, qui nous fait parfois sourire, mais qui ne recevra plus de nos argents.
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1 commentaire:
Et Québec Solidaire là-dedans? C'est la tentation du trip à trois peut-être?...
PS: le code de vérification de ce message était précisément "trois"; ça ne s'invente pas.
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