jeudi 1 décembre 2011

Lettre ouverte à Nathalie Elgrably-Levy

Cap Santé, 1er décembre 2011

Madame Elgrably-Levy,

Ce matin, vous avez publié un billet intitulé Climategate : prise 2 dans le Journal de Montréal. Ce que j’y ai lu m’a profondément choqué – non pas à cause du supposé scandale dont vous parlez, mais plutôt à cause du manque profond de rigueur dont vous faites preuve, indigne d’une journaliste, d’une chroniqueuse, d’une économiste ou d’une professeure.

Il m’a fallu exactement cinq minutes pour trouver et parcourir, par l’entremise de Google et en excluant les blogues d’amateurs, une série d’articles réfutant totalement la prémisse de votre chronique, soit la diffusion de « plus de 5000 nouveaux courriels incriminant encore et toujours les chercheurs dans le giron du GIEC ». Non, il n’y a pas eu 5000 nouveaux courriels : ces courriels datent de la première édition du Climategate en 2009, et certains auraient possiblement déjà été diffusés au début de cette comédie climatosceptique! Ceux-ci avaient causé tout un émoi, menant ultimement à une commission d’enquête qui avait blanchi la démarche scientifique des quelques chercheurs mis en cause, une dizaine d’individus parmi tous ceux qui travaillent sur ce vaste sujet. Tout au plus avait-on critiqué leur gestion de la crise, et cette fois-ci ils ont pris le taureau par les cornes.

On se serait attendu d’une journaliste, d’une chroniqueuse, d’une économiste et d’une professeure qu’elle vérifie la source originale des documents qu’elle utilise pour baser son argumentaire. C’est la base d’une démonstration scientifique, ou de l’éthique journalistique. Vous auriez dû savoir que ces courriels n’ont pas été diffusés de façon intégrale, mais par extraits sortis de leur contexte. Ces extraits sont tirés de discussions concernant non pas la façon de cacher les résultats, mais plutôt celle de dépasser les limites des recherches et d’améliorer la qualité des articles – un art au sein des sciences. On peut voir la remise en contexte de ces extraits, dans leurs courriels originaux, dans le Forbes ainsi que dans The Guardian, ou tout simplement une remise en contexte générale du pseudoscandale sur les sites du Washington Post et du The Economist.

Les deux éditions – la même, en fait, diluée sur trois ans – du Climategate n’illustrent en rien l’inexistence d’un réchauffement climatique causé par l’homme, qui pourrait, une fois accepté, être contrôlé par des politiques environnementales efficaces et raisonnées – c’est de celles-ci dont vous auriez dû parler. Ce que le Climategate montre, c’est que les scientifiques sont d’abord et avant tout des êtres humains. Que la science doit être construite, brique par brique, ou plutôt pierre par pierre qui doivent être mutuellement ajustées, qu’elle doit être démontée puis remontée différemment, qu’elle doit être mise en doute, tournée de côté, placée tête-bêche, tordue et tortionnée, restaurée, simplifiée, synthétisée, puis expliquée. Et puis, recommencée. C’est ce que tentaient de faire les chercheurs éclaboussés par ce scandale, qui ne se situe pas dans leur correspondance, mais plutôt autour de celui ou de ceux qui ont mis en circulation ces bribes de conversations privées.

Sans aucune surprise, cette nouvelle tentative de miner la crédibilité scientifique des recherches et données climatologiques, en profitant de l’humanité des chercheurs, est arrivée juste avant la conférence de l’ONU sur le climat à Durban – tout comme en 2009, à Copenhague. Je ne suis pas conspirationniste – contrairement à vous, il semble, ce qui est étonnant considérant vos employeurs –, mais je ne peux m’empêcher de me demander : qui a avantage à faire dérailler la recherche sur les changements climatiques, et les politiques qui en découlent dont l’objectif est tout simplement de gérer, en bon père de famille, la planète qui nous a été prêtée par nos parents, et que nous laisserons à nos enfants? Qui, mais qui, peut être contre la bonne volonté?

Et aussi, est-ce cette même personne qui a commandé votre article?

Louis Gilbert
Archéologue

mercredi 4 mai 2011

Plus de 1 400 jours

Ce sera la durée de la majorité conservatrice. Ou de la première majorité conservatrice. Parce que ces quatre années seront amplement suffisantes pour défigurer complètement la démocratie canadienne, pour mettre des mines sur la trajectoire des dissidents, pour éliminer la raison politique et créer une nouvelle monarchie allianciste. Harper a la prétention de transformer le régime conservateur en natural governing party, un parti naturel de gouvernement, et quelle meilleure façon pour le faire que d’éliminer toute concurrence.

Un monopole de la démocratie. Choisissez qui vous voulez, du moment que c’est moi. Ou, alternativement, moi.

1 400 jours. Je n’ose pas imaginer le nombre astronomique de mauvaises décisions que cela peut représenter pour quelqu'un qui considère que la science est un outil de gauche, qui affirme que la discussion est un jeu partisan, qui se cache derrière du barbelé pour éviter le regard du kodak. Je n’arrive même pas à être cinglant ou fâché ou violent – ça m’est facile habituellement – parce que je suis toujours à terre, sous le poids de toutes les possibilités, qui deviennent tranquillement des certitudes, de ce qui sera. Et je n’arrive pas à crier, parce que je me noie.

Je me fous présentement de la droite ou de la gauche économique. Je me fous présentement de la meilleure façon de sortir ce plusse meilleur pays au monde de l’impact le moins pire au monde de la crise économique. J’en ai rien à glander des philosophies économiques qui remontent au XVIIIe siècle sous d’autres noms. Le plan d’action du Canada, je me le fous bien cana-bas. Parce qu’avant d’en arriver là, il y a un foutu problème plus grand.

Parce que la démocratie a besoin d’être respectée, même lorsqu’elle est aussi imparfaite (ou inacceptable) qu’elle peut l’être quand plus de six personnes sur dix veulent pas-le-gouvernement-élu. Elle doit l’être constamment. On peut s’engueuler sur les causes, les moyens, les tenants et les aboutissants, sur les qui du pourquoi quand le comment était où. Mais on doit s’entendre sur le Quoi. C’est le Quoi qui importe. Ce Quoi, c’est la réalité, c’est la vérité, c’est les données, c’est la rationalité avant que l’émotion l’aie lichée. C’est ce qui n’est pas partisan.

Mais quand la partisanerie peint la réalité, quand le parti détourne la vérité, quand on coupe dans la mesure des données, et quand la raison devient un défaut… Le débat prend un sens, un contresens, et va se fracasser dans un face-à-face plastique qui ne fait que répéter des inanités.

Quelques souvenirs :

Réalité : Lorsqu’on a demandé à Gary Goodyear, alors ministre des Sciences et Technologie s’il croyait en l’évolution, il a répondu : « Je suis chrétien et je ne crois pas que ce soit approprié de me poser une question sur ma religion »

Vérité : Le gouvernement minoritaire de Harper a décidé soudainement que son personnel politique était au-dessus de la loi et ne pouvait témoigner devant des comités parlementaires, et aura même permis à Dimitri Soudas de se cacher lors de sa convocation par un huissier

Données : Le ministre responsable de Statistique Canada, Tony Clement, a torpillé le questionnaire dit « long » du recensement pour des causes obscures et après avoir menti en disant que c’était là la recommandation de Stat/Can, ce qui a mené à la démission du Statisticien en chef du Canada, Munir Sheikh

...

Les conservateurs sont hors de la réalité, cachent la vérité, trafiquent les données… Et méprisent la raison. Comment, alors, discuter?

mercredi 10 décembre 2008

"Cette défaite est pleinement méritée"

Extrait d'un éditorial d'Alain Dubuc:

"C'est cette fraîcheur qui est disparue. Parce que l'ADQ n'a pas réussi à mettre de la chair sur ses idées souvent superficielles. Qu'il était trop populiste pour développer une pensée économique cohérente. Et que l'ADQ est restée, en campagne, un parti de clips, dirigé par un franc-tireur aux attaques souvent irresponsables.

Mais surtout parce que la droite antigouvernementale du parti s'est progressivement transformée en droite sociale. Cela a culminé avec le grand débat sur les accommodements raisonnables où Mario Dumont a joué un rôle carrément indigne.

Le résultat, c'est que l'ADQ, qui se définissait comme un parti de changement, a survécu dans des circonscriptions non urbaines aux vieilles traditions unionistes ou créditistes. Il doit ainsi compter sur une base électorale qui incarne la résistance au changement. Triste paradoxe."

http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/alain-dubuc/200812/10/01-809092-un-echec-bien-merite.php

Extrait d'un éditorial d'Yves Boivert:

"Mario Dumont a été le champion du flash politique. Des idées sans réelle substance, lancées pour leur effet immédiat, il en a eu en quantité. Des commissions scolaires aux accommodements raisonnables, il a bien identifié ce qui pouvait irriter le citoyen. Mais jamais il n'a su s'entourer suffisamment pour le convaincre qu'il pouvait régler les problèmes qu'il dénonçait avec un don assez unique pour débusquer le ridicule.

Au total, son parti a été celui d'une droite largement incompétente et superficielle, brouillonne."


http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/yves-boisvert/200812/10/01-809048-retour-sur-un-naufrage.php

lundi 8 décembre 2008

Pour une histoire d'un soir...

Dès 20 h 34, Bernard Derome laisse tomber sa fatidique prophétie : le gouvernement sera libéral, il sera majoritaire, et sera opposé par les péquistes. L’ADQ est repoussée dans le hall d’entrée de la Chambre – et a plutôt l’air de quitter le party que d’y arriver…

On aura beau en vouloir à Charest d’avoir déclenché ces (ses) élections pour des motifs purement, strictement, partisans, mal camouflés sous le couvert d’une crise économique qui aurait fort bien pu se régler en partenariat avec les partis d’opposition – certains d’entre eux, anyway – je ne peux m’empêcher d’être heureux du résultat partiel affiché présentement à mon écran. Oh, bien sûr, la majorité libérale est quelque peu effrayante. Le spectre de cette majorité m’a rappelé tout au long de la campagne les nombreuses politiques fâcheuses du dernier mandat majoritaire de Charest. Il suffit de se rappeler des grèves et des manifestations en série de l’époque, du Libérez-nous des libéraux qui avait pris l’allure d’un hymne populaire. Est-ce que le chef libéral aura souvenir, au lendemain des élections, du message clair qui lui avait été envoyé par la population, tellement frustrée qu’elle avait failli mettre au pouvoir ces enfants adéquistes qui sont clairement à l’image de leur chef – c’est-à-dire incapables de vieillir politiquement et qui se raccrochent aux jupes d’un populisme de bas étage? Saura-t-il, dans le contexte instable et inquiétant qui nous entoure, travailler en collaboration, en réelle collaboration, avec les députés assis en face de son parti?

Mais ce qui me rend heureux, malgré ces craintes parfaitement justifiables, c’est la chute drastique, l’écrasement du pétard mouillé de Mario Dumont. Ce résultat me rassure sur l’idéologie politique québécoise globale. La montée de l’ADQ en 2007 semblait faire écho à la montée de la Droite ailleurs dans le monde, alors que j’avais toujours espéré le Québec dans son ensemble à l’abri de ce mode de pensée. Pire encore, les adéquistes de Mario ne sont pas des représentants d’une Droite tout de même sensée, si une telle chose existe. C’est une droite à petit « d », une droite facile, qui ne fait que jouer sur les bas instincts de la population, sur ses craintes, sur ses colères. Et c’est souvent cette petite droite qui se retrouve à l’extrême du continuum politique, cette petite droite frustrée qui devient toujours trop dangereuse, car elle ne vise qu’un objectif : pas le bien commun, qui serait peut-être possible (qui sait?) par des voix que je n’apprécie pas personnellement; non, mais plutôt le bien privé, le bien personnel, qui ne se rassasie que par une bonne rasade de pouvoir. Cette droite vulgaire chatouille les hormones pour faire la piastre, prendre le pouvoir, et faire passer ses idées arriérées. C’est ce qui m’avait fortement inquiété en 2007, ce qui m’avait frustré de la campagne et de son résultat. Ç’aurait été un drame innommable si Mario était devenu Premier Ministre. C’est le drame qu’on frise à Ottawa, d’ailleurs.

Mais, heureusement, les Québécois se sont ressaisis. Et pour cela on peut, peut-être, remercier Charest. Sa délicatesse, si l’on peut dire, pendant son mandat minoritaire, aura calmé la colère des Québécois envers les vieux partis – ces fameuses vieilles pantoufles que tous les petits partisans impressionnables de Mario évoquaient à la suite de leur père spirituel. Les actions des péquistes auront certainement aidé aussi, alors que, relégués au rang de troisième parti et de seconde opposition, ils ont démontré aux adéquistes ce que c’était que d’être député – suffit pas de chialer, il faut proposer, suggérer, créer, discuter, et oublier ces fameux clips qui ont autant de substance qu’un BigMac. La pensée magique ne fonctionne pas, et les adéquistes l’apprennent enfin.

Cette petite chicane de triangle amoureux – le peuple québécois, sa femme et sa maîtresse – avait mené le peuple à aller voir ailleurs, aller voir cette danseuse qui excitait ses sens en retour de quelque pouvoir sur son avenir. Bien excité, le peuple s’est mis à fréquenter la dame de basses mœurs, se disant, quelque part, qu’il pourrait toujours partager sa couche entre trois femmes s’il voyait moins souvent ses régulières. Mais l’infatuation ne dure jamais bien longtemps, l’on reprend ses sens devant des courbes faciles, mais sans profondeur, sans personnalité, sans identité (autonomiste? yeah right!), et le parfum cheap de la dépravée ne sent de toute façon pas grand-chose au lendemain de la nuit d’amour. C’est un accident de parcourt, et la strip-teaseuse reprend son rôle à l’arrière scène de la vie amoureuse du peuple – une silhouette que l’on voit du coin de l’œil se déhancher, qui nous fait parfois sourire, mais qui ne recevra plus de nos argents.

vendredi 5 décembre 2008

"Un petit premier ministre"

Vincent Marissal, dans son blog commun avec André Pratte:

"Je sais, pour avoir échangé beaucoup avec toi depuis quelques mois, que tu détestes les démagogues et que tu méprises le populisme. Je suis avec toi. Mais ce que j’abhorre par-dessus tout en politique, surtout venant d’un premier ministre, c’est la partisannerie aveugle et la division. Surtout la division.

Il sera toujours plus facile de diviser pour régner que de chercher à rassembler. Mais c’est à leur qualité de rassembleur que l’on reconnaît les grands leaders. En transformant SON incurie et SES gaffes en crise d’unité nationale, Stephen Harper a cherché à diviser pour régner.

Il a aussi, et surtout, rallumé des vieux feux que l’on espérait éteint ailleurs au Canada.

M. Harper a la réputation (exagérée) d’être un grand stratège. Pour moi, c’est surtout un petit premier ministre. "

http://blogues.cyberpresse.ca/marissalpratte/?p=175

jeudi 4 décembre 2008

Les "Séparatistes" défendent le Québec - et le Canada

Depuis le début de la crise parlementaire, dès l’annonce de la création de la coalition libérale-néodémocrate qui se devait, pour exister, être appuyée par le Bloc Québécois, les conservateurs tentent de miner la crédibilité de l’opposition en la disant alitée avec les maudits « séparatistes » du Québec. Selon cette rhétorique, qui s’intensifie en même temps que la crise elle-même, l’éventuel gouvernement de coalition ne pourrait être bon pour le Canada, car son existence dépend du bon vouloir de ceux qui veulent provoquer la sécession du Canada. Cette propagande n’a comme objectif que de provoquer un sentiment d’antagonisme dans le reste du Canada envers le Bloc qui, espère-t-on, amènera une haine envers la coalition – si les « ennemis » du Canada appuient quelque chose, cette chose ne peut être que mauvaise pour le Canada – et par extension envers les libéraux et les néodémocrates. Harper réussirait peut-être ainsi à faire ce qu’il espérait provoquer en coupant les subventions publiques aux partis politiques : tuer l’opposition.

Gilles Duceppe et les bloquistes ont toujours été très clairs sur leur rôle à Ottawa : travailler pour défendre les intérêts du Québec. La souveraineté (ou la séparation selon le langage péjoratif des conservateurs) est un idéal bloquiste qui est de facto mis de côté la seconde où un député entre dans la Chambre. Il y entre pour travailler avec le Canada, ou à la limite, contre le Canada pour défendre le Québec. Ce n’est pas dire que les bloquistes ont renié ou abandonné leur idéal, mais plutôt que cet idéal est en opposition avec leur travail. Par ailleurs, la population qui vote pour le Bloc et élit ses députés n’est pas nécessairement souverainiste; elle croit plutôt que le Bloc est le parti qui pourra défendre ses intérêts face aux intérêts nécessairement divergents des autres provinces, et ceux de la Confédération. Lors de la dernière élection, la campagne du Bloc était sans équivoque à ce sujet : nous sommes là pour bloquer les conservateurs, qui nous trouveront sur leur chemin s’ils veulent agir au détriment des intérêts du Québec.

La crise politique actuelle découle d’un énoncé économique qui n’avait rien d’économique, et tout d’idéologique. Les mesures économiques qu’il contenait pour limiter les dégâts de l’économie chancelante n’étaient pas nouvelles. Rien pour stimuler l’économie maintenant – elles étaient déjà en application quand la crise économique s’est déclarée et ne l’ont pas empêchée. Ce qu’il faut, c’est des nouvelles mesures supplémentaires à ce qu’ont fait les conservateurs, parce que nous sommes présentement dans une crise qui n’était pas là avant, et que celle-ci a touché le Canada malgré ces mesures antérieures.

Non, rien de tout cela dans l’énoncé économique, mais ceci plutôt : abolition du droit de grève aux fonctionnaires, arrêt des mesures d’équité salariale, et, bien entendu, abolition du financement public des partis. Ces mesures n’auraient pas amené des économies substantielles pour le Canada. Leur seule utilité était de promouvoir l’agenda conservateur, et de plaire à la base allianciste et réformiste du parti – sans oublier l’objectif quasi transparent d’égorger l’opposition, particulièrement libérale, déjà sans le sou (alors que les conservateurs dorment sur un coffre bien garni et peuvent se passer de ce financement le temps que soit saignée l’opposition). Que Harper soit revenu sur ces décisions ne change rien au fait qu’il n’y a toujours rien pour l’économie.

Le Bloc avait proposé, avant l’énoncé économique, des mesures qui devaient aider le Québec à se sortir de la crise et qui pouvaient le protéger. Ce qu’il faut toutefois comprendre, c’est que ces mesures n’étaient pas uniquement bonnes pour le Québec. Le besoin exprimé par le Bloc d’une relance de l’industrie manufacturière et forestière, par exemple, déborde des frontières québécoises – l’Ontario, les maritimes, la Colombie-Britannique profiteraient également de ces mesures. Gilles Duceppe, et le Bloc, au plus profond de leur cœur, s’en contrefoutent. Si c’est bon pour le Québec, c’est bon pour le Bloc – si par ricochet ça aide le reste du Canada, tant mieux, ou tant pis. Le Bloc a réussi, et c’est tout à son honneur, à se sortir d’une logique de confrontation « nous vs them » qui n’aidait en rien le Québec, et qui de toute façon a plutôt sa place à l’échelle provinciale que fédérale. Harper a tout ignoré de ces suggestions, malgré ses belles paroles d’hier.

Personne n’a voulu appuyer cet énoncé économique – ni le Bloc, ni les libéraux, ni les néodémocrates. Plus encore, personne n’a voulu se taire, comme espérait Harper et comme ça avait été fait lors du dernier Parlement où la Chambre était soumise à des votes de confiance à répétition quand les conservateurs cherchaient une excuse pour aller en élection. Tout le monde était contre, et tout le monde allait être là pour le dire – et le gouvernement allait tomber. Pour éviter des élections, le parti libéral et le parti néodémocrate se sont entendus pour élaborer un gouvernement de consensus. Chaque parti a, pour le bon fonctionnement du Parlement advenant le cas d’une telle coalition, décidé de mettre de côté certains aspects-clés de leur programme respectif : le Plan vert pour les libéraux, l’annulation des baisses d’impôts pour le NPD, par exemple.

Sans l’appui du Bloc, cette coalition ne peut gouverner – les votes du Bloc plus ceux des conservateurs l’auraient fait tomber à la première occasion. Mais n’oublions pas que, sans l’appui du Bloc, le gouvernement conservateur tombe lui aussi. Dans cette logique de bipartisme virtuelle (Conservateur vs Coalition), le Bloc détient de toute façon la balance du pouvoir. Le Bloc a donc négocié, et a obtenu de la Coalition, en échange de son appui qui assurerait une stabilité politique suffisante pour passer la crise économique, de gros morceaux qui sont « bons pour le Québec ». Et comme plus tôt, ces morceaux – ne serait-ce que la stabilité politique – sont bons aussi pour le reste du Canada.

Dans l’état actuel des choses, le Bloc est le seul parti qui ne cherche pas activement le pouvoir à Ottawa. Il a refusé d’avoir des ministres au sein d’un éventuel cabinet issu de la Coalition, car cela va à l’encontre de l’idéal bloquiste. Son objectif est donc purement et simplement la défense des intérêts du Québec. Le paradoxe : c’est bon également pour le Canada. Et si appuyer Stéphane Dion, malgré l’historique des relations entre les souverainistes et ce père de la Loi sur la clarté référendaire, est mieux pour le Québec que de maintenir au pouvoir Harper, le Bloc l’appuie. C’est la démonstration que le Bloc s’élève au-dessus des dogmes partisans pour faire ce que tous les partis devraient faire à Ottawa : représenter, et protéger, ses électeurs.

mercredi 3 décembre 2008

Wouhou!

Comme tout un tas d'abrutis, je vais assumer que mon opinion vaut quelque chose pour quelqu'un, qui s'y intéresserait, éventuellement...